Royal et le bateau ivre

Posté par Pascal-Eric Lalmy le 14 novembre 2008

Au terme d’une semaine de forts tangages provoqués par d’innombrables tractations en coulisses, le bateau ivre du PS va s’amarrer durant le week-end à Reims. C’est peu de dire que ce parti est sens dessus dessous. Loin de décanter la situation, le vote de la base n’a fait que renforcer la fragmentation du PS en consacrant trois blocs qui pèsent chacun autour d’un quart des militants. Le PS n’avait pas de leader incontesté avant ce scrutin interne, il n’en a toujours pas après. Néanmoins Ségolène Royal émerge sans conteste. Arrivée nettement en tête, elle a toujours gardé la main depuis une semaine. C’est elle qui prend les initiatives en direction de ses rivaux, leur fait des propositions. C’est encore elle qui, insubmersible, placide et parfois un peu malicieuse, s’explique à la télévision prenant à témoin de sa bonne volonté les militants socialistes et les Français.

Du coup, Aubry, Delanoë et Hamon apparaissent comme des conjurés tramant en coulisses quelque complot pour se débarrasser de celle qui reste illégitime à leurs yeux malgré le vote des militants. Un jeu dangereux pour ce trio qui prend le risque de se mettre à dos les adhérents à force de vouloir faire émerger un TSS (Tout sauf Ségolène) ou des alliances purement factices. Le plus frappant dans cette dramaturgie socialiste dont le paroxysme devrait être atteint à Reims, c’est qu’elle se déroule selon le même scénario que lors de la désignation du candidat à la présidentielle de 2007, alors que les premiers rôles ne sont pas totalement identiques. Fabius et Strauss-Kahn ont cédé leur place à Aubry et Delanoë tout en jouant en second rideau, et un petit nouveau, Benoît Hamon, a percé. Mais on retrouve une Royal opiniâtre, courageuse, debout malgré les attaques et qui remporte le suffrage des militants, face à des rivaux qui commettent toujours les mêmes péchés : sous-estimation de la présidente de Poitou-Charentes, suffisance, psychorigidité, autisme, incapacité à se renouveler. Comme s’ils n’avaient tiré aucune leçon de l’histoire récente. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Ségolène Royal fait la course en tête apparaissant comme la victime de mauvais perdants. Un rôle qu’elle interprète avec talent et qui lui assure un regain de popularité alors qu’elle était en perte de vitesse. Finalement de manière paradoxale, Ségolène Royal peut louer ses adversaires de se montrer aussi piètres dans leurs stratégies et dans l’opposition qu’ils lui témoignent.

La direction du PS est devenue un marigot de haines recuites. Les ténors clament haut et fort qu’ils ne veulent se soucier que du fond, mais ils sont incapables de mettre leurs ego de côté, obnubilés par la présidentielle. Leur rivalité incessante les paralyse plus que leurs désaccords. Car à la lueur des motions présentées, le PS a fait émerger une grande majorité réformiste dont peuvent se prévaloir Royal, Delanoë et Aubry, alors que Hamon incarne une minorité radicale. Mais les uns et les autres préfèrent se replier sur leurs intérêts personnels plutôt que d’assurer l’intérêt général du PS au risque d’un naufrage collectif.

Jean-Pierre Bédéï

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